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Dans une série d'articles datés du 31 juillet 2011 [1], le Nouveau Parti Anticapitaliste redessine les révolutions arabes à son image de parti de gauche français.
La nation arabe, fille des conquêtes musulmanes du VIIème siècle et de l'Empire éclatant qui s'ensuivit pendant près de mille ans, dont l'identité culturelle, linguistique, religieuse et
civilisationnelle crève les écrans depuis décembre 2010, est perçue par le discours du NPA comme "ce qu'on peut appeler la région arabe" caractérisée par sa situation géographique, comme
un sorte de mix de "références" entre des habitants "s'exprimant essentiellement en langue arabe", "et d'autres références, berbère et kurde en particulier", en
attendant la référence hébraïque qui, pour légitimer une entité intruse, ne saurait tarder.
Se gardant de toute référence au fondement identitaire et national plus que millénaire du peuple arabe, ce discours nous apprend que les habitants de cette "vingtaine d'Etats",
"dessinent un cahier revendicatif universel", comme d'ailleurs ceux du Burkina Faso, du Sénégal, et aussi des indignés de Grèce et d'Espagne. Rien de spécifique en somme que de
l'internationalisme dépersonnalisant et lactifiant négateur de l’identité du peuple arabe. Cet internationalisme frelaté n’est qu’une manière de nier l’identité du peuple arabe, au mieux par
ignorance et au pire par volonté de lui en imposer une autre plus conforme au discours occidental de gauche.
Dans l’analyse du "cahier revendicatif universel" du peuple arabe, les "dialecticiens" du Nouveau Parti "Anticapitaliste" en viennent même à découvrir les "bienfaits" du
capitalisme en terre non-occidentale qui a développé "de nouvelles exigences démocratiques". Ces propos marquent leur ignorance crasse au sujet des luttes politiques du peuple arabe, qui
n’a pas attendu les "réseaux sociaux" pour s’opposer au colonialisme, à l’impérialisme et à ses laquais.
Bien plus, ces propos sont l’expression d’une vision du monde évolutionniste et occidentalocentriste dans laquelle, l’Occident étant le "stade suprême" de l’humanité, les peuples non-occidentaux
devraient passer par un certain nombre d’étapes prédéterminées avant de devenir apte à accéder au "modèle occidental" supérieur. Dans le cadre de cette évolution vers le "modèle occidental", le
capitalisme se révèle une étape nécessaire et bénéfique à la mutation de cette humanité infra-occidentale que sont les Arabes. En détruisant la "vieille" société arabe et en lui imposant un
processus d’occidentalisation, le capitalisme, honni en Occident, devient "civilisateur" en "Orient" car porteur de "démocratie".
L'omission symptomatique dans l'ensemble des articles de la moindre mention à l'ennemi sioniste implanté depuis soixante-trois ans au cœur de la nation arabe par les puissances
impérialistes occidentales, permet aux "analystes" du NPA de propager l'idée que les révolutions arabes se limitent à revendiquer le "pain et la démocratie", loin de toute lutte
de libération nationale visant à débarrasser la terre de Palestine de l'ennemi sioniste et à rétablir la souveraineté nationale.
Cette omission permet aussi de passer sous silence le rôle fondamental des mouvements de résistance à l’entité sioniste dans la genèse des révolutions arabes qui
ont éclaté en décembre 2010. Les victoires de la résistance libanaise en 2000, qui a permis de libérer le Sud Liban, et en juillet-août 2006, qui a infligé aux sionistes leur
première défaite militaire, puis la résistance héroïque de Gaza durant l’attaque de décembre 2008 – janvier 2009, ont démontré les possibilités de victoire pour l’ensemble du
peuple arabe vivant sous le joug de l’Occident et de ses relais locaux. Ces résistances, qui ont été soutenues par des manifestations populaires dans l’ensemble de la nation arabe, en opposition
à des régimes en place souvent complices de l’entité sioniste, ont ouvert la voie aux révolutions actuelles.
Une autre absence est tout aussi suspecte, celle de la mention des ressources pétrolières et gazières de cette terre que les impérialistes occidentaux exploitent depuis plus de soixante-dix ans,
ce qui leur a permis de connaître la plus longue période ininterrompue de prospérité économique de l'histoire du capitalisme, et notamment de son avatar moderne : la fourniture par le régime de
Moubarak du gaz à l’entité sioniste à un prix inférieur au prix du marché (et même, selon certaines sources égyptiennes, aux coûts de l’extraction du gaz en Égypte).
Le "raisonnement" du NPA va même plus loin, puisqu'il s'agit de définir un "autre monde possible". Le chemin est tracé vers un monde de "paix" où se retrouveront dans les mêmes
"luttes pour la démocratie" les Arabes à côté de leurs "voisins" sionistes qui justement sont aussi en plein "optimisme de la volonté" et manifestent leurs
revendications pour des logements moins chers et plus grands à Tel-Aviv [2] sur la terre expropriée des Arabes de Palestine.
Enfin, le discours de la gauche française et du NPA en particulier prend des gants et des pincettes quand il s’agit de désigner les révolutions arabes. Rarement reconnues comme
telles, elles sont qualifiées d’"insurrections", de "manifestations", de "contestations", de "mobilisations", de "bouleversements" ou encore de "mouvements". Là aussi, on nous explique patiemment
que, pour accéder à la norme "révolution", il faut renverser un régime et en installer un autre. Dans ce cas, il faut se demander à quoi s’occupent les "révolutionnaires" français qui n’ont pas
réussi à déclencher, depuis 1789, une seule révolution qui dure plus de trois mois.
06/08/2011
Nadine Acoury, Youssef Girard
[1] Cf. Babel Christian, « Un processus révolutionnaire à l’échelle de la région arabe », NPA, 30 juillet 2011
Pojolat Alain, « Révolution ininterrompue dans les pays du monde arabe », NPA1, 31 juillet 2011
[2] Vidéo affichée sur le site du NPA, "Manifestations en Israël contre la vie chère",
1er août 2011
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